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le fauteuil.

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Ce fauteuil, elle l’avait récupéré chez sa mère qui le tenait de ses parents. Un fauteuil usé jusqu’au bois, mais il était encore utilisable. Elle avait bien pensé à le faire réparer par un tapissier de son ancien quartier, elle avait reculé parce que c’était lui ôter les saveurs de son grand-père, ses odeurs de tabac, de journaux, de terre aussi quand il revenait tout crotteux de son potager.
Il resterait là, près de la fenêtre, elle s’y assoit souvent, elle y lit parfois et surtout elle profite du soleil quand il veut bien se montrer entre deux averses bretonnes. A vrai dire, il est plutôt encombrant dans ce petit deux pièces où elle vient d’aménager, une maison pour séniors, sécurisée par un personnel présent qui vient la voir, qui l’emmène à la cantine ou aux ateliers ou aux films apportés par un cinéma ambulant.
Quel ennui cependant de ne voir que des vieux ! Chez elle, il y avait les voisins, les enfants des voisins, le bruit de la ville, la vie en somme.
Elle sait bien que son autonomie se réduit, mais quand même !
Elle a cédé à son fils, elle comprend son inquiétude, il vit à deux heures de trajet. Quant à sa belle-fille, elle n’a jamais envisagé d’aller vivre chez elle et déranger ses habitudes. Non qu’elle ne s’entende pas avec elle, mais pour avoir soigné jusqu’au bout sa propre belle-mère, elle en connaît trop les contraintes pour l’imposer à qui que ce soit.

Elle s’assoit dans ce vieux fauteuil d’antan, elle aime à se glisser dans les souvenirs de son enfance sacrée. Sacrée parce qu’ils l’ont élevée jusqu’à l’âge de la pension. La liberté là-bas. Les poules, les oies, les canards, les chiens et les chats, tout ce petit monde ensemble dans l’immense cour de terre et d’herbes. Et la grand-mère jamais inquiète pour elle, elle pouvait partir sur son vélo dans le village, retrouver les enfants de son âge, jouer aux indiens, aux billes, au ballon, grimper dans les arbres et nager dans l’océan. Il fallait juste revenir aux heures des repas.
Le grand-père faisait tous les jours les mots croisés de son journal. Il revenait du travail, déjeunait, et s’asseyait. Quelquefois il demandait si nous avions une idée pour une définition, le crayon suspendu, bloqué par un mot qui lui échappait.
Elle se souvient d’un jour où ravi, il posa le journal en le claquant sur la table. «Plante des pieds», avait-il dit joyeux, «plante des pieds»! «Catherine, tu ne devineras jamais!». Et il attendait une réponse qui ne viendrait pas, car la grand-mère était totalement hermétique à ces jeux de mots, elle leur préférait les jeux de cartes.

Elle rêvait à ce jardinier qui plantait des pieds quand elle entendit le petit sifflement de sa tablette. Elle se leva précipitamment comme si elle avait encore vingt ans et se rassit lourdement avant de se reprendre et saisir sa canne à trois pieds.
Aurélien l’appelait de l’autre bout du monde, il ne fallait pas rater son petit fils chéri.
Elle arriva à répondre car il insistait toujours, il connaissait sa lenteur.
La tablette, c’était un cadeau pour son départ. Il lui avait appris patiemment à s’en servir. Il allait partir sur son voilier, un tour du monde, pendant longtemps pas un tour du monde en quatre vingts jours et même tellement moins depuis peu.
Sur l’écran il a une barbe de plusieurs semaines, il a maigri.
Il est sur son bateau, il appelle quand il a du réseau et il connaît le décalage horaire. Il fait nuit sur sa mer. Ici il fait jour.
Il demande si elle est sortie un peu. Si elle est retournée à Douarnenez, et pourquoi elle ne commanderait pas un taxi, ce n’est pas loin de son centre. Aller voir la mer, c’est une si bonne idée pour être un peu avec lui. Elle va y réfléchir ou elle demandera à son père qu’il l’emmène dès qu’il fera un peu plus chaud. Il est en Nouvelle Calédonie. Il faudra qu’elle regarde sur la carte. C’est splendide, dit-il, et il va rester encore quelques mois avant d’aller sur la Nouvelle Zélande.
Après les effusions d’usage, la conversation s’arrête, l’image se fixe sur lui. Elle reste à regarder cet enfant désormais trentenaire qui a choisi le grand large plutôt que le stress d’une vie sur terre. Il trouve toujours de petits jobs pour continuer son voyage, mais il a maigri. Il ne doit pas manger tous les jours ce garnement. Elle suppose qu’il a appelé son père et ses demi-sœurs. Les petites viennent la voir de temps à autre, mais elle n’a pas la même relation avec elles, Aurélien c’est le premier, c’est l’enfant d’un divorce, elle s’en est beaucoup occupé. Sa mère le lui confiait volontiers, et puis elle est morte et Aurélien est venu plus souvent encore.

Elle retourne près de la fenêtre, il fait beau, le vent s’amuse avec les rideaux.
Il fait beau, et elle est fatiguée.
Son Renan est parti depuis si longtemps. Une tempête et son chalutier n’est pas revenu. Il n’a même pas une tombe sur laquelle elle aurait pu poser sa peine en bouquets d’hortensias, il les aimait tant qu’il en avait plantés partout dans le jardin, de toutes les couleurs. Elle avait trouvé un travail, elle avait vendu la maison pour payer les dettes et son fils avait grandi dans la tristesse de ce deuil.

Elle aimerait bien partir en mer, une dernière fois, la toute dernière. Aurélien a raison, elle prendrait ce taxi, elle prendrait ce bateau à touristes qui l’emmènerait admirer les dentelles des côtes.

Une dernière fois regarder la mer, la sentir sous les pieds, humer le vent et l’eau et le sel qui lui piquerait la peau.

Elle rejoint le fauteuil du grand-père, le rideau vole jusqu’à ses jambes lourdes, un livre est posé sur le rebord de la fenêtre et les pages font les folles sous la caresse du vent. Le soleil est chaud ce matin, le printemps s’annonce précoce. A l’autre bout du monde, elle ne sait si son petit-fils a chaud, il faut vraiment qu’elle regarde sous quel climat il navigue, elle a toujours un peu peur pour lui, elle pense à Renan, la tempête.

Elle s’assoit, la fatigue l’assoupit.

 

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reflets.

Il y a des heures comme ça où soudain la nue se dédouble. A moins que ce ne soit l’eau qui réponde au ciel, à moins que la nue et l’eau ne soient qu’une dans l’infini des possibles.

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Il y a l’heure qui passe en noir et blanc. Une heure calme, hors du temps où tout se tait. Un silence en reflets, le ciel se glisse dans l’onde émue.

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Il y a la minute espiègle où le bleu joue et sourit content de ses effets fanfreluches, il s’endentelle joyeux et démaille le gris.

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le jour parapluie.

Ce jour-là j’allais à Lyon à la rencontre de Quichottine et Pastelle.

Ce jour-là quand je me suis garée pour aller prendre mon train il pleuvait à verse.

J’ai toujours un parapluie dans la voiture même si je déteste les parapluies même si je ne m’en sers jamais car la capuche suffit.

Ce jour-là entre ma voiture et le quai il fallait choisir d’être arrosée y compris avec la capuche ou être un peu protégée par le fabuleux parapluie offert par ma sœur qui s’ouvre à l’inverse d’un parapluie normal, ce qui fait que lorsque vous sortez du véhicule ou que vous y entrez plus de problème d’accrochage entre les baleines et la portière comme dans la pub mais dans la pub c’est toujours plus facile.

 

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Et j’ai téléphoné à Quichottine bien installée dans son TGV, elle n’avait pas de parapluie, la capuche suffit me dit-elle… Alors je prends le mien répondis-je, si on voulait un peu se baguenauder dans les rues lyonnaises ce serait peut-être utile.

A contre-cœur je l’ai emporté et imaginez combien j’ai horreur d’être encombrée, d’autant qu’il n’entrait pas dans mon petit sac à dos, étanche le sac à dos. Et quand je me promène sous la pluie je prends une cape de pluie, rouge la cape pendant la saison de la chasse  (quoique entre les chasseurs daltoniens, les astigmates, les alcooliques, les trophéistes et les avides du sang des  bêtes, je ne me sens jamais tout à fait tranquille).

Revenons à cet encombrant qui m’encombra jusqu’au retour car à Lyon, la capuche de Quichottine et ma capuche suffirent aux quelques gouttes de pluie qui ne nous gênèrent absolument pas.

De marche en marche il claquait sur le côté, de rue en rue je le balançais d’une main à l’autre, jamais content de ne pas servir.

Au restaurant, il ne fallut pas l’oublier tout couché par terre à mes pieds, dans la voiture de Pastelle, il ne fallut pas l’oublier, dans la grande salle de Rockeffeler où se tenait la réunion de l’association Rêves, il ne fallut pas l’oublier, ni dans le métro, ni dans le train du retour.

Il retrouva enfin la place de laquelle il n’aurait pas dû bouger, il y est toujours.

Et le pire, c’est que j’aurais pu m’en servir d’ombrelle, il faisait beau cet après-midi là, très beau.

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la répétition.

2018 est là, si vite, si vite… et  je vous souhaite tout le meilleur pour les 364 jours qui suivent, juste le meilleur.

Comme je suis d’une vague fainéantise en ces temps frileux et que j’ai retrouvé ce texte inspiré d’une expérience théâtrale, je vous offre ce méli-mélo d’une répétition tout à fait ordinaire.

 

 

 

– Si j’accepte, à contrecœur, d’être le chœur antique de ce conte, c’est à moi de décider où il commence.
– Non, non ! non ! dit Mick, mets-y plus de cœur Kid.
– Comment ça puisque c’est à contrecœur ?
Et les petits rires s’engouffrèrent sur la scène. Kid était un spécialiste des petites phrases amusantes qui savaient détendre l’atmosphère. C’est vrai qu’il n’avait pas mis le ton, mais il avait des excuses. Ils étaient tous exténués par leur matinée de répétition. Le metteur en scène ne l’entendit pas de cette oreille.
– S’il te plaît, Kid, gonfle ta voix, tu es agacé, songes-y, et sois plus souple, on dirait un fromage moisi posé sur la scène.
– Moisi, moisi, t’y vas fort ! T’as vu comme je suis engoncé dans ce costume de carton-pâte? Moi-z-y peux rien si je peux pas bouger à l’aise.
– Bon, on va appeler Marine, elle trouvera bien une solution. Qui l’appelle ?
– J’y vais chef !
– Merci Camille.
– Peuh ! Elle va en profiter pour aller fumer ! Pendant que nous on n’a même pas une pause, rouspéta une des actrices toute vêtue de blanc. Bon ! On fait quoi, là ? On continue ou on attend que le fromage s’assèche ?
– On continue, dit Mick, on continue! On n’est pas prêt les enfants ! Pas prêt du tout. Où est Daria?
– Là ! J’ai faim, j’ai très faim. On pourrait pas s’arrêter ?
– Encore une demi-heure, Daria et promis on mange…. Julie, tu t’avances, on va régler la lumière. Val t’envoie la couleur.
Et la jeune femme tout en blanc devint violette.
– Non! Pas le violet.
– Le violet c’est plus religieux ; C’est la Pythie, pas vrai ?
– Je veux du mauve, c’est plus doux !
– Du mauve ? Comme ça ?
– Oh ! le beau rose ! rit la jeune Fabienne.
– Ne me mets pas du rose s’il te plaît Val, sinon j’explose.
– Ok ! Ok ! Ma douce !
La Jeune Daria réclama un petit quelque chose, son ventre gargouillait, il lui fallait manger sinon elle ne répondait plus de rien.
– Deux minutes. Tu te tiens dans l’ombre de la Pythie, tu n’avances pas dans sa lumière. Tu n’es que le spectre d’Iphigénie.
– Alors on va jamais me voir !
– Tu es l’ombre ! La pensée de ta mère Clytemnestre qui veut te venger. Tu restes à l’orée de la Pythie.
– C’est gai ! On me verra même pas.
– Bon Julie, je t’écoute, Clara tu avances vers elle en même temps.
Et la scène s’enveloppa de mystère, pendant que la Pythie-Julie écartait les bras vers le ciel, qu’Iphigénie-Daria à la limite de l’auréole mauve dansait doucement sur deux pieds et se tenait le ventre (elle avait faim), Clytemnestre-Clara auréolée d’une faible lumière blanche avançait sur le bord de la scène.
– C’est un jour pareil à tous ceux qui se sont succédé durant les 9 ans ayant suivi ma résurrection, et j’implore les Dieux d’Olympie, merde ! Je me trompe toujours ! De l’Olympe !
– Heureusement que tu n’as qu’une réplique ironisa Clara qui attendait sagement de prendre le relais.
A ce moment arrivèrent Marine et Camille chargées de grands plateaux bourrés de sandwiches et de boissons variés. Elles furent accueillies avec des cris de joie, même Anaïs lâcha son bouquin pour rejoindre le groupe sur scène et manger un morceau. Mick se frottait les yeux de découragement. Puis descendit les quelques marches et s’assit dans le cercle où on s’amusait ferme en détournant les répliques tragiques. Daniel qui interprétait Agamemnon développait une tirade d’une voix lugubre et amplifiée, insérant « saucisson » « cornichon » « p’tits oignons » en rimes endiablées. Toutes les mimiques de Cassandre-Anaïs prédisaient l’avenir catastrophique de l’après-midi qui s’annonçait mais bien sûr personne ne la crut. Camille la scénographe faisait pourtant grise mine. Elle cherchait une solution à ce rideau rouge qui devait tomber pile poil sur le Chœur après le trépas des amants. Nana, la musicienne, chantonna avec Marine la costumière, un vieux tube de Dave « du côté de chez Swann » détourné par Kid qui ajoutait des hics et des hocs. Daria se taisait ou plutôt mangeait. Mick se taisait ou plutôt réfléchissait. Clara-Clytemnestre et Fabienne-la-pauvre-Electre, se chipotaient trois chips dans le fond d’un sachet. Ambiance détendue après ce matin accablant. Mick demanda à Agamemnon-Daniel de trouver le ton juste pour la réplique impossible du sourire.
– Tu comprends, tu es en mini monologue, ton ironie est féroce.
– Non, je ne comprends pas tout, ce passage n’est pas clair. Je suis pas encore mort, je vais être assassiné dans trois secondes et je le regarde comme si c’était moi qui allais le tuer. Et puis un scholiaste, vraiment est-ce que j’ai une gueule de scholiaste ?
– C’est quoi un scholiaste, demanda Daria, la bouche pleine.
– Un pédant! répondit Kid, enfin un prof de français, ceux qui t’expliquent les textes, tu vois ?
– Ah ! bon ! Et pourquoi ils sont pédants ?
– Mais non, ma fille, Kid raconte n’importe quoi, d’abord ce ne sont pas des profs de français, ce sont des gens qui pour t’aider à comprendre des textes anciens, ajoutent des petites notes en bas, répondit Clara, rouspétant contre Kid et son inculture.
– Donc « Je me rends compte que le sourire dont je le gratifie… » tu es sûr pour gratifie ? parce que ça me paraît un peu hypocrite, dit Daniel.
– Oui, je suis sûr, n’appuie pas sur ce mot, laisse couler, répondit Mick.
– Dont je le gratifie est aussi FÉROCE ?
– Non, cool, n’en rajoute pas, cool. Tu es le plus fort, tu ne sais rien de ce qui t’attend. Orgueilleux comme jamais.
Ainsi Agamemnon-Daniel se leva, s’éloigna du groupe qui s’était calmé et se reposait tranquillement.
Tout à coup, il éleva la voix, elle venait d’un long travail de respiration et la salle s’emplit de sa magie. Tous l’écoutaient avec attention et admiration. Il maîtrisait le phrasé, il maîtrisait le sens, tout coulait normalement quand on entendit un grand crac. Sous le rideau rouge qui venait de tomber sur Daniel le son mesuré de sa voix continuait de soliloquer pendant que les rires accompagnaient sa tirade. On l’entendait sous le velours et on se moquait de son invisible sourire terrifiant, on riait du lettré civilisé empêtré dans le rouge passion, mais imperturbable la voix enflait et continuait inlassablement à répéter :
– Je me rends compte que le sourire dont je le gratifie est aussi féroce que joyeux, un sourire terrifiant, et que je n’ai plus rien de commun avec un scholiaste, un lettré civilisé.

édition: la symphonie…

Voilà, il est là.

Le récit de « La symphonie de Jeanne » est publié.

Sur la couverture vous avez le début de l’adagietto de la cinquième symphonie de Mahler, pour les amateurs de musique.

Je le vends au prix de fabrication, ainsi n’ai-je rien à gérer et surtout pas des revenus et encore moins des dons à droite à gauche… Je les fais selon mes attachements et engagements personnels, je dis cela car pour mes premiers livres les dons allaient à des associations, mais c’était compliqué.

 

Vous avez encore un extrait en accès libre: ici.

Pour ceux qui veulent le lire sur le blog, vous pouvez me contacter pour le code.

Personnellement, cela me fait toujours plaisir d’avoir mon livre entre les mains, après…

Après il a sa vie propre.

 

Passez de bonnes fêtes, à l’année prochaine. 🙂

 

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Protégé : La symphonie de Jeanne. Le cahier 6

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