Archives de l’auteur : polly

ricochets.

 

Deux, non trois, non quatre….

Les galets ricochent à la surface des rivières, lacs, fleuves, et on compte les jaillissements qui frémissent encore et encore et s’essoufflent soudain.

Il se traite d’imbécile.

Le lieu est déserté, le froid s’est installé, les promeneurs sont rares.

Il crie : « imbécile ! » et pire encore.

Et les petits galets continuent de glisser à la surface, un, deux, trois ricochets.

Minable ! Tu as oublié le geste, tu ne choisis pas le bon galet, le parfait, celui des concours d’antan, un, deux, trois jusqu’à dix ricochets.

Jeux d’enfants, jeux de pères, jeux d’adolescents avec les copains, jeux de désennui ces jours frais où on ne plongeait pas sous le vent trop fort.

Il s’applique, cherche le galet incroyable, cette recherche fait partie du jeu. Il soulève du pied, il fait rouler les uns,  il observe, il se baisse, il s’accroupit, il choisit, il mesure dans sa main l’espoir des ricochets, il passe le pouce sur les bords, il juge le plat, la rondeur, le fuselage. Il met celui-là de côté, celui-ci aussi, quelques autres encore.

Il en oublie la tristesse qui l’a conduit au bord du lac, le poids sur le cœur qui ne pèse plus que dans la main. Et ce caillou ! Il le regarde, il sait qu’il ne fera pas l’affaire, trop rond. Il est plus jaune, zébré de deux parallèles claires et sa forme se rapproche de la forme d’un cœur.

Il le porte aux lèvres : une caresse, au nez : une odeur douce, aux yeux : cette exception, il le secoue à l’oreille : ce silence des temps anciens, des glaciers lointains qui fondent trop vite, ses voyages jusqu’à ce lac, et demain dans l’éternité de la Terre ce minuscule deviendra grain de sable.

Quelles épopées a-t-il vécu pour venir le troubler soudain, lui ôter le chagrin du jour. Il s’assoit sur la berge, pose le petit caillou sur son genou. Il regarde la beauté de l’eau, du ciel, des cimes, les arbres qui chantent sous la brise. Quelle grâce soudain sur son visage! Il reste un long moment ainsi, en paix.

-Julien ! entend-on crier plus loin. Julien !

Il se retourne et voit son cousin venir vers lui.

Il met ce caillou-là dans sa poche, rapidement.

-On t’attend ! Ta sœur surtout ! On ne peut plus la calmer, et toi seul…

-Je sais. J’arrive.

-Tu faisais des ricochets ? Une partie ?

-Une seule.

Julien compte.

-Minable !

-On recommence ?

-Non, je crois qu’il faut rejoindre les autres, dit Julien.

-Tu sais, on l’aimait tant ta mère ! Elle a toujours été notre tatan chérie et c’est…

-Je sais. Merci d’être là. C’est un sale moment pour nous tous et pour Cécile, c’est encore pire… elles étaient si proches…

Il étouffe un sanglot et son cousin lui passe le bras autour du cou. Ils remontent jusqu’à la maison où la famille les attend pour la cérémonie.

Bien plus tard dans la nuit, Julien sort de sa poche ce petit galet. Il le regarde intensément à la lumière de sa lampe de chevet.

Sa mère est partie au royaume d’où personne ne revient, et il est là, vivant, terriblement vivant, tenant entre ses doigts ce morceau d’éternité.

***

C’était ma contribution pour la vente du dernier livre pour le rêve d’un enfant malade.

Ce n’est pas le texte publié, mais il fait écho à ma participation, j’ai écrit l’histoire d’un caillou qui voyage… ce jour là, le caillou était dans les mains de Julien.

 

 

à acheter ici: Voyage171003_Voyage_200

 

 

Publicités

les papoteuses palmées.

 

 

Elles sont trois, bien en ligne côte à côte, bien centrées dans l’espace de bain de la partie qui nous est consentie par les maîtres nageurs. Ils se réservent deux à trois lignes pour leurs élèves et cours particuliers.

Elles portent l’obligatoire bonnet avec les lunettes disgracieuses posées dessus, mais leur tête sont hors de l’eau. La planche de natation à l’avant toute, et les palmes à vagues ancrées aux pieds, elles dépassent tous les nageurs conformistes.

C’est le cortège des papoteuses.

Il faut s’en méfier, je vous le dis, s’en méfier énormément.

Leurs éclats de voix bourdonnent jusque sous l’eau, et leurs papotages nous parviennent et freinent parfois nos élans brassés car elles passent sans souci de l’autre, griffant aussi les jambes de grenouilles qui s’aventurent trop près.

Je les fréquente assidûment depuis que j’ai repris la natation, et comme je ne peux m’inscrire au club, déplacements fréquents d’un endroit à l’autre, je me débrouille dans le bassin et selon la population, ce sont des moments sympathiques quand il y a peu de monde, ou des moments éprouvants à toujours faire attention au nageur qui vient en face quand nous sommes trop nombreux.

Parfois je ruse et passe dans la ligne des bons niveaux, moi qui ralentis tout le monde, et là je peux encore crawler gentiment, mais pas question de m’amuser à cette nage et encore moins pratiquer le dos, lorsque nous sommes tant de grenouilles à se déplacer sur quatre lignes libres.

Les papoteuses vont bon train, celle du milieu tournant la tête à droite, puis à gauche, celle de gauche a le cou tordu à droite et inversement pour celle de droite. La logorrhée ne cesse jamais, une demi-heure, une heure (jamais plus car lasse je m’en vais).

Je ne sais si elles se rendent compte de l’agacement des autres nageurs, en tous cas elles les ignorent, la piscine leur appartient. Entre nous, quand on se retrouve deux minutes en repos on se regarde en soupirant. Ce sont les obstacles les plus difficiles à éviter, et moi qui aime la liberté de la nage en lac, je suis confrontée à l’ambiance sonore de la piscine, qui, ma foi, est acceptée puisque je n’ai pas le choix ici, mais je me dois aussi de supporter les ricanements, les exclamations, les indignations, les conseils, les comptes-rendus de vie quotidienne que j’attrape de long en long du bassin car forcément, elles me croisent souvent, les palmes avancent si bien qu’elles font deux longueurs pendant que je n’en fais qu’une et elles sont tellement comme dans leur salon, que tous nous en profitons.

C’est dommage ! Heureusement qu’elles ne sont pas là toutes les trois chaque fois que je vais nager. Les palmes sont interdites dans de nombreuses piscines, ou bien elles ont leurs propres lignes, celle où je vais n’a pas encore réglementer sur ce point.

Je pars nager, c’est lundi, le sale jour… on verra.

 

Rambocoq.

20597503_1604487706236225_9123875543052865217_n

 

Pendant que nos poules et poulettes gambadent joyeusement chez nous, celles de nos voisins les plus proches sont gardées par le plus terrible guerrier qui soit.

Un très bon gardien.

Nos voisins en vacances, Joëlle est chargée d’aller ouvrir le poulailler, nourrir tout ce monde, s’occuper aussi des pigeons et de Minnie, la chatte.

Je suis arrivée deux jours plus tard pour l’aider, le coq l’avait agressée dans le dos et elle avait cru mourir de peur.

J’ai pris la relève, la première fois avec Michel qui a gardé les cicatrices des griffes aiguisées de Rambocoq, ainsi surnommé.

Il m’avait craint le premier jour, j’ai crié plus fort que lui et j’ai écarté mes bras sur lui… il avait reculé. Cette embellie fut de courte durée, j’avais fermé la porte du poulailler.  Une de ses sœurs à l’intérieur pondait. Son inquiétude était toute hurlante et il ne me pardonnerait pas cette magistrale erreur.

Le bâton ne suffit pas à l’intimider.

Pourtant, je dois entrer dans le poulailler, nettoyer, changer l’eau, donner le grain.

Il faut ruser.

J’ouvre délicatement la porte, les poules sortent vite car elles savent que j’ai parsemé l’herbe de pain ou de pâtes. Lui, majestueux, sort le dernier en me coquelinant dessus. Et dès qu’il est suffisamment loin, je me faufile rapidement dans l’espace et referme la porte. C’est là que tout devient comique, il surveille mes pas d’un côté de l’autre, il me suit de l’extérieur et gonfle le jabot, bat des ailes, menaçant.

Puis il m’attend derrière la porte ! Ah ! Si je crois pouvoir sortir sans dommage, je me trompe énormément et un éléphant ne l’impressionnerait pas plus ! Elle va voir ce qu’elle va voir cette voleuse d’œufs.

Alors j’attends toujours qu’il renonce, car il ne m’entend plus et file vers le grillage curieux de savoir où j’ai disparu. C’est le moment idéal pour sortir et bloquer la porte si j’en ai le temps, car il est vite là le gaillard, prêt à sauter sur mon dos ou mes cuisses ou pire encore.

Comme il ne craint guère le bâton, le lendemain je me trouve un bouclier, une chaise pliante de jardin et j’amortis ainsi ses attaques.

Tous les jours, ce sont les mêmes humeurs de coq, attaques parfois inattendues quand nous sortons de la maison et que ses poules sont trop près de nous. Il s’avance hurlant on ne sait quelles injures et soulève ses plumes pour nous impressionner. Heureusement ses chéries s’en vont indifférentes et il les suit. Peut-être est-il tout simplement mécontent de nous voir dans un logis qui n’est pas le nôtre et de nous sentir derrière le rideau nous amuser avec Minnie (qui d’ailleurs n’est pas toujours là). Un jour que nous partions, reprenant le chemin, Mademoiselle est arrivée sans se presser, elle a pris son sentier personnel, tournant derrière la cabane, la niche du chien, compliquant son trajet en passant sous le hangar pour enfin nous rejoindre devant la porte. Princesse parmi les princesses, et servie comme une reine avec maintes caresses et jeux dans l’escalier.

Revenons à Rambocoq qu’elle semble éviter tout autant que nous, il est tellement stressé qu’il en a perdu le bon sens. Nous comprenons parfaitement son rôle de gardien, nous savons combien il maintient une vigilance accrue dès qu’il sent le danger. Sauf que nous sommes pourvoyeuses de nourriture, d’eau et de liberté. Ça il ne le comprend pas, alors que nos chères et tendres poules connaissent parfaitement nos gentilles attentions.

Pourtant celui-là, je l’ai connu poussin, je l’ai pris dans ma main, je l’ai caressé aussi et je l’ai vu content.

Nos voisins sont de retour, je suis passée l’autre matin pour retrouver les copains de Gaïa, sa Poupette d’amour et ses jeunes fils de chiens. Rambocoq, que Manja a fait reculer avec un râteau, a tenté une approche jabot fourni et plumes en ordre de bataille. Il a de la mémoire ce guerrier, il va falloir que je me méfie lorsque je passerai devant la maison puisque souvent c’est le chemin des balades matinales.

Nous sommes vraiment sûres de ne jamais vouloir de coq, je sais que c’est un peu dur pour les poussins mâles, comme personne n’en veut, les éleveurs les trucident (à quelques exceptions pour la reproduction). Nous avions repris deux poulettes rousses en mai, suite à la perte d’Aglaé attaquée par un rapace l’hiver dernier, puis celle d’Agathe la rousse pétillante qui bavardait sans cesse dans mes jambes au jardin.

Nos nouvelles copines se sont bien intégrées, elles s’appellent Delphine et Marinette en souvenir du Marcel Aymé de notre enfance, car ici aussi il y a de nombreux chats et s’ils sont rarement perchés (les arbres sont très hauts) ils savourent autant que nous, que Gaïa et les poules la verdure qui nous entourent.

 

Marinette se secoue après son bain de poussière.20746000_1612904145394581_3133307287827928112_o

 

la mer est grise ce matin

 

 

A Bill

 

Comme les fleurs du jardin

La mer est grise ce matin

 

Une voix dans la nuit une musique douce et les mots vagabonds

L’aube alourdit l’instant

Les clefs sont sur la table

 

L’été a tout jeté

La musique douce les mots qui l’accompagnent et la voix éraillée

L’été lourd du passé si présent à l’oreille

L’été a tout jeté

L’automne et le printemps

L’hiver sonne déjà

 

Les chants glacent et réchauffent

Rien ne s’efface

Cœur fragile cœur brisé

Dans le « o » de l’oser

Et le « i » du désir

Un bouquet pour demain

Flâne dans un souvenir

Désormais hors saison

 

L’été a tout jeté et le matin est gris

Gris d’eau de brouillard

Les clefs sont sur la table

 

 

Sorry,

blind man

https://store.cdbaby.com/cd/billpastjohn

DSC_0139

 

 

 

 

 

terminus.

jeu de juin à la petite fabrique

 

Je ne prends plus jamais le métro, ni un bus, ni un train toute seule.

Plus jamais.

Cela remonte à loin.

Je marche, je sais c’est  un peu tendance en ce moment de marcher, mais je suis une pionnière en la matière, voilà des années que j’use mes baskets sur l’asphalte entre mon quartier et la Défense où je travaille.

Quand j’arrive à destination, je m’installe pour un petit noir. On se connaît bien entre  habitués et même si parfois un barman s’en va, un autre arrive, il ne faut guère de temps pour l’adapter à nos besoins.

Je me lève toujours très tôt afin de papoter un moment avec tout mon monde. Ensuite j’enlève mes baskets et mes chaussettes, j’enfile jupe, bas et talons, aux toilettes évidemment. J’ai un grand sac en bandoulière ultra léger pour tous mes accessoires de vie sociale.  Et le soir, je me change au bureau, très vite, dès que l’heure a sonné d’entreprendre les trottoirs. Dix kilomètres aller-retour sous les semelles préservent une silhouette. Mais pour que mes pieds s’assagissent, il a fallu trouver les bonnes chaussures, j’ai tâtonné longtemps, mes orteils s’en souviennent en cors.

Cette mode des talons est une torture, mais il serait malvenu de passer la porte sans tenue adéquate : cravates pour les sieurs, talons pour les dames. Les codes vestimentaires dans les hautes sphères de la bureaucratie des multinationales s’ils sont issus d’une courtisanerie, n’en sont pas moins obligatoires si vous voulez garder votre poste, y compris le plus infime des postes de secrétaire ou de standardiste.

Quand j’atteins mon bureau, une lettre de la direction prône devant l’écran. Tout à coup j’ai des sueurs chaudes, très chaudes. Période pré-ménopause sans doute, sans doute pire.  En effet pire. On me notifie un entretien, et un entretien hors saison des entretiens, c’est-à-dire en mai, n’est pas bon signe. Deux heures devant moi à me ronger la pensée.

Je ne claque pas la porte du DRH, mais c’est tout juste. On avait eu les bruits de couloirs sur une restructuration, mais nos postes ne devaient pas être touchés. Je suis mutée ou virée. Au choix ! Je recevrai ma lettre recommandée d’ici peu. Je suis mutée aux Ulis ! C’est-à-dire à perpette. De toute façon je ne peux pas y aller à pied, je déteste le vélo et me sens incapable de conduire un engin quelconque… et je n’irai pas en train. Impossible ! J’ai une frousse panique des transports en commun depuis que je me suis endormie dans le métro. Et je ne vois pas mon Jeannot m’accompagner tous les matins et venir me chercher les soirs.

Je m’étais endormie, et quand je me suis réveillée j’étais dans le noir du wagon, tout était calme, tout était vide. Et j’étais seule, très seule sans pouvoir sortir, totalement impuissante devant les portes hermétiques.  J’ai frappé fort à la vitre, j’ai hurlé, j’ai hurlé si férocement qu’on m’a entendue. Le chauffeur est revenu, furieux, il venait de terminer son travail,  j’étais au terminus. Il m’a ramenée jusqu’à la première rame en fonction. J’étais au bord de l’apoplexie. Je suis sortie sur le quai à toute allure, c’était une question de survie et j’ai grimpé avec une rapidité hors les normes les marches vers la sortie.

De l’air ! Cette impression de n’avoir pu respirer pendant tout ce temps… de l’air. Une gentille dame a appelé les secours car je me suis évanouie. C’était comme un terminus aussi dans ma tête.

Alors les Ulis… je ne vois pas comment m’y rendre si ce n’est en montgolfière, mais ça ne courent pas le ciel ces engins et pour se garer sur mon balcon… même pas en rêve !

Job en l’air, tête à l’envers… évasion.

Finalement je rêve jusqu’à midi devant mes dossiers. Ma décision est prise, entre eux et moi c’est aussi terminus. Qu’ils se débrouillent. Je leur laisse mes talons si ça peut les aider.

Un terminus n’est jamais qu’une étape tant qu’on ne verrouille pas les portes… en soi.

Paresse auvergnate.

Il ne fait pas toujours beau en Combrailles.

Mais qu’importe, on se promène, on se prélasse, on jardine de temps en temps et on regarde pousser l’herbe et les fleurs et les poireaux…

J’ai trouvé deux lutins pour ma Joëlle et en pensant très fort au lutin bleu qui s’est pétrifié pour quelques temps sous le balcon de Quichottine.

Ceux-là, sont des rêveurs, Jojobijou et Michoubidou causent sur le pont du bassin qui n’est pas d’Avignon mais qui pourrait…  je m’égare à les écouter compter les nuages.

18119047_1495536407131356_1311084422005767977_n

Il ne pleut pas toujours… mais il pleut souvent, surtout quand je viens passer le mois de repos mérité… ou pas…

On se promène, beaucoup, Gaïa oblige. Y compris sous un ciel de moisson.

18489502_1904125663193246_6893744289431911397_o

Et j’aime ce petit étang, si solitaire avec ses hêtres qui m’enveloppent même sous la pluie.

18423861_1517994668218863_5298493575673733424_n

18491578_1904125313193281_4197674999247230514_o

Un étang où Joëlle danse en parapluie sous un soleil clin d’oeil et où Gaïa regarde en bâillant nos folies douces.

18447052_1904158899856589_4113860736559596026_n

Cette Auvergne verdoyante donne de la force et des sourires en cascades pour me permettre de supporter bientôt toute la chimie de la vallée du Rhône.

Ici je n’écris pas (ou peu), ici je ne lis pas (si peu), ici je profite de chaque moment, je mène en paix ce petit chemin de vie qui chante encore sur mes deux jambes.

DSC_0363

Ici je m’émerveille toujours.

DSC_0348

 

 

Cap’tain Nemo.

Pour le jeu du mois d’avril, à la petite fabrique d’écriture.

– Cap’tain Nemo !
– Capt’ain Nemo !

Mais qui m’appelle et me réveille dans les fonds de l’océan profond ? Est- ce un rêve ? Une illusion ? Un dessin animé ?

– Cap’tain Nemo !

Ah ! Non !
C’est l’océan qui vaque à sa magie de baleines, d’orques et de dauphins. Qu’ont-ils à ce jour à me sortir de mon engloutissement ?

– Grande réunion tout de suite, grande réunion chantent les mammifères marins, grande réunion pôle sud, tout près de l’Antarctique, venez nombreux, venez vite, venez, venez. Cap’tain Nemo, venez, très important, très nécessaire.

Qu’ont-ils donc de si urgent ! Moi, je ne veux surtout pas recroiser le regard de cette abominable pieuvre qui, je le sais de source sûre, surveille ma grotte et mon vaisseau.

– Grande réunion ! Grande réunion ! Danger pour tous, tous solidaires. Cap’tain Nemo venez, Gourgamanimollia est avec nous, sortez donc.
– Gourgamanimollia me laissera donc passer sans encombre ? Est-ce bien sûr Orshka?

Sortir de mon livre, de mon vaisseau, de mon monde souterrain ! Quelle aventure pour mon grand âge ! Je ne suis pas convaincue que Jules me laisserait partir aussi facilement. Il faut d’abord vérifier le scaphandre, est-ce que j’ai encore de l’oxygène dans ces bouteilles rouillées.

– Mais tu n’as plus besoin de rien Cap’tain ! Tu es mort depuis longtemps.
– Pas dans les livres ! Dans les livres je suis toujours vivant.
– Alors si tu es vivant dans les livres, trouve vite une solution, je peux te porter sur mon dos jusqu’en haut.
– Qu’avez-vous tous ? Si je suis mort, qu’avez-vous besoin d’un mort ?
– On veut que tu hantes le continent. Il faut faire peur aux hommes, ils ont des projets sur nos terres vierges, les dernières. Dépêche-toi Cap’tain.

Hanter l’Antarctique, quelle drôle d’idée ! Il n’y a jamais personne, ou presque personne à l’exception de scientifiques qui calculent l’âge de la Terre. Et il fait froid là-haut, c’est glacial ! Et c’est tout blanc, un fantôme serait invisible. Quelle drôle d’idée ! Tout de même !

– Et comment je me nourris là-bas ? Pas d’algues, pas de poissons ! Comment je survis ?
– Mais puisque tu es mort ! Puisque tu ne vis que dans les livres, tu vas trouver les mots pour te nourrir.
– Et mon vaisseau ? Qui s’occupera de mon vaisseau ?
– Je le remonterai avec mes enfants.
– Qui ?
– C’est moi Gourgamanimollia, j’ai les reins solides et surtout des ventouses très adhésives.
– Ah ! Ben ça oui ! Je m’en souviens !

Si ma pire ennemie pense que c’est tellement important, je devrais les suivre. Un vaisseau fantôme… ah ! Oui, je me souviens ! Mais ce n’était pas pour sauver l’Antarctique ! Une simple histoire d’amour tragique. Ah ! Ces descendants d’humains ! Quelle mouche les pique toujours pour vouloir encore et encore détruire ! Ne seront-ils jamais satisfaits !

– Cap’tain Nemo ! S’il te plaît ! Le temps presse ! Ils arrivent sur des gros cargos avec de grosses machines ! Tu dois leur faire peur jusqu’à ce qu’ils abandonnent leurs forages qui va nous rendre la mer amère, encore plus empoisonnée, encore plus…
– J’entends ! J’entends Orshka. Mon pauvre vaisseau ne fera peur à personne. Mais j’ai quelques idées pour ramollir leur fougue. Et puis ça va m’amuser un brin, ça fait trop longtemps que je dors dans ma grotte. Allons réveiller Jules.
– Réveiller Jules ?
– Eh ! Pourquoi pas ! Sans lui je ne suis qu’un personnage de papier, je vais avoir besoin de tous les Jules de bonne imagination pour me seconder. Allez matelots, en route.