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Elza dort

Histoires de corps. Histoires avec ce truc dans lequel je suis obligée de respirer, souffrir, penser et autres détails sanguinolents, lymphatiques, purulents, insulinaires et trous de mémoire.

Aujourd’hui ça va. Ça va assez bien.

Il en a fallu des ans depuis l’adolescente moitié anorexique et l’adulte qui apprécie ce corps de femme.

Il en a fallu des rencontres depuis la déception de Thomas pour lequel je devenais femme et Rémi qui lui donne tant de beauté.

Elza dort, son corps dort avant qu’il ne soit d’or, or fondant sous les mains d’amour d’un homme.

Conversations avec Thomas au fil de mes seize ans, dix-sept ans, dix-huit ans… mes rondeurs qui s’expriment. Le premier flirt, entraînée par Carole à une soirée, encouragée pour un baiser. Allez! Déniaise-toi! L’autre collé contre moi, suant, baveux. Beurk! C’est où le plaisir? Porte de sortie, vite.

– C’est parce que tu n’étais pas attirée! Pas amoureuse! Dit Thomas.

– Comment on tombe amoureuse?

– Un regard. Un flamboiement dans ce regard. Une main qui te frôle. Une timidité, la maladresse des mots, un tremblement du coeur…

à suivre ici

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kaléidoscope

  Thomas je l’ai connu sur les bancs de la maternelle, à Annonay. Tous les deux nous étions les gosses un peu à l’ouest, pas teigneux pour deux sous et ramassant bousculades et coups au moins une fois par jour, à vrai dire souvent plus. Ni lui, ni moi ne pouvions nous plaindre car à la maison nous n’étions pas plus à l’abri, moi de l’hystérie de ma mère et des raclées que mon père me donnait sur les ordres maternels et lui de l’alcoolisme violent de son beau-père qu’il se demande encore comment il a survécu.

On s’est souvent perdu de vue, puis souvent retrouvé. Et jamais plus quitté après le bac.

Ce ne sont pas nos déboires que je veux raconter, je ne suis pas une fan du passé qui se machouille dans la tristesse. C’est tout ce qu’on a inventé pour donner des couleurs à nos petites jambes d’une ville qui monte et qui descend. On traversait des miroirs arc-en-ciel en sautillant dans la Cance d’une pierre à l’autre quand l’été était sec, s’abritant sous les aulnes pour dénicher des fées qui nous aimeraient, se griffant aux mûriers dont on dévorait les fruits à la bonne saison, on fabriquait une palette de souvenirs bariolés et tous deux avions beaucoup de mal à nous séparer quand sonnait l’heure au clocher de St Joseph. Souvent mémé le gardait à souper et parfois il restait dormir. Personne n’ignorait que ses parents seraient bien trop ivres pour s’apercevoir de son absence, surtout les samedis soir.

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