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Rambocoq.

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Pendant que nos poules et poulettes gambadent joyeusement chez nous, celles de nos voisins les plus proches sont gardées par le plus terrible guerrier qui soit.

Un très bon gardien.

Nos voisins en vacances, Joëlle est chargée d’aller ouvrir le poulailler, nourrir tout ce monde, s’occuper aussi des pigeons et de Minnie, la chatte.

Je suis arrivée deux jours plus tard pour l’aider, le coq l’avait agressée dans le dos et elle avait cru mourir de peur.

J’ai pris la relève, la première fois avec Michel qui a gardé les cicatrices des griffes aiguisées de Rambocoq, ainsi surnommé.

Il m’avait craint le premier jour, j’ai crié plus fort que lui et j’ai écarté mes bras sur lui… il avait reculé. Cette embellie fut de courte durée, j’avais fermé la porte du poulailler.  Une de ses sœurs à l’intérieur pondait. Son inquiétude était toute hurlante et il ne me pardonnerait pas cette magistrale erreur.

Le bâton ne suffit pas à l’intimider.

Pourtant, je dois entrer dans le poulailler, nettoyer, changer l’eau, donner le grain.

Il faut ruser.

J’ouvre délicatement la porte, les poules sortent vite car elles savent que j’ai parsemé l’herbe de pain ou de pâtes. Lui, majestueux, sort le dernier en me coquelinant dessus. Et dès qu’il est suffisamment loin, je me faufile rapidement dans l’espace et referme la porte. C’est là que tout devient comique, il surveille mes pas d’un côté de l’autre, il me suit de l’extérieur et gonfle le jabot, bat des ailes, menaçant.

Puis il m’attend derrière la porte ! Ah ! Si je crois pouvoir sortir sans dommage, je me trompe énormément et un éléphant ne l’impressionnerait pas plus ! Elle va voir ce qu’elle va voir cette voleuse d’œufs.

Alors j’attends toujours qu’il renonce, car il ne m’entend plus et file vers le grillage curieux de savoir où j’ai disparu. C’est le moment idéal pour sortir et bloquer la porte si j’en ai le temps, car il est vite là le gaillard, prêt à sauter sur mon dos ou mes cuisses ou pire encore.

Comme il ne craint guère le bâton, le lendemain je me trouve un bouclier, une chaise pliante de jardin et j’amortis ainsi ses attaques.

Tous les jours, ce sont les mêmes humeurs de coq, attaques parfois inattendues quand nous sortons de la maison et que ses poules sont trop près de nous. Il s’avance hurlant on ne sait quelles injures et soulève ses plumes pour nous impressionner. Heureusement ses chéries s’en vont indifférentes et il les suit. Peut-être est-il tout simplement mécontent de nous voir dans un logis qui n’est pas le nôtre et de nous sentir derrière le rideau nous amuser avec Minnie (qui d’ailleurs n’est pas toujours là). Un jour que nous partions, reprenant le chemin, Mademoiselle est arrivée sans se presser, elle a pris son sentier personnel, tournant derrière la cabane, la niche du chien, compliquant son trajet en passant sous le hangar pour enfin nous rejoindre devant la porte. Princesse parmi les princesses, et servie comme une reine avec maintes caresses et jeux dans l’escalier.

Revenons à Rambocoq qu’elle semble éviter tout autant que nous, il est tellement stressé qu’il en a perdu le bon sens. Nous comprenons parfaitement son rôle de gardien, nous savons combien il maintient une vigilance accrue dès qu’il sent le danger. Sauf que nous sommes pourvoyeuses de nourriture, d’eau et de liberté. Ça il ne le comprend pas, alors que nos chères et tendres poules connaissent parfaitement nos gentilles attentions.

Pourtant celui-là, je l’ai connu poussin, je l’ai pris dans ma main, je l’ai caressé aussi et je l’ai vu content.

Nos voisins sont de retour, je suis passée l’autre matin pour retrouver les copains de Gaïa, sa Poupette d’amour et ses jeunes fils de chiens. Rambocoq, que Manja a fait reculer avec un râteau, a tenté une approche jabot fourni et plumes en ordre de bataille. Il a de la mémoire ce guerrier, il va falloir que je me méfie lorsque je passerai devant la maison puisque souvent c’est le chemin des balades matinales.

Nous sommes vraiment sûres de ne jamais vouloir de coq, je sais que c’est un peu dur pour les poussins mâles, comme personne n’en veut, les éleveurs les trucident (à quelques exceptions pour la reproduction). Nous avions repris deux poulettes rousses en mai, suite à la perte d’Aglaé attaquée par un rapace l’hiver dernier, puis celle d’Agathe la rousse pétillante qui bavardait sans cesse dans mes jambes au jardin.

Nos nouvelles copines se sont bien intégrées, elles s’appellent Delphine et Marinette en souvenir du Marcel Aymé de notre enfance, car ici aussi il y a de nombreux chats et s’ils sont rarement perchés (les arbres sont très hauts) ils savourent autant que nous, que Gaïa et les poules la verdure qui nous entourent.

 

Marinette se secoue après son bain de poussière.20746000_1612904145394581_3133307287827928112_o

 

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Dans le poulailler… elle manque.

La nature n’est pas cruelle, elle est ce qu’elle est.

Dans la rudesse de l’hiver, les bêtes cherchent pitance.

Un autour, sans doute, vient de voler la vie d’une de nos jeunes poules.

Il avait faim, elle trottait souvent toute seule, il l’a vue de son regard affamé, elle en a fait les frais. Elle était encore si gaie le matin avec les copines.

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Ce n’est pas une joyeuse nouvelle du poulailler, les trois autres, apeurées s’étaient réfugiées sous les thuyas, recroquevillées les unes contre les autres.

Le lendemain, elles ne sont guère sorties du poulailler, Joëlle leur avait pourtant fait la trace pour qu’elles trouvent un peu d’herbe et s’égaient à nouveau.

L’autour veillait encore, il voulait sûrement retrouver sa proie, mais ce qu’il en restait avait été mis sous la haie recouvert de neige.

Il n’est pas de vie sans mort, cependant éphémères que nous sommes veillons à l’élan qui nous anime.


« ….

Mais parce qu’être ici c’est beaucoup. Et qu’ici,

Apparemment, tout a besoin de nous, ces choses

Éphémères qui étrangement nous appellent.

Nous, les plus éphémères. Une fois chaque chose,

rien qu’une fois. Une fois et c’est tout. Et nous aussi

rien qu’une fois. Et jamais plus. Mais une fois,

quand ce ne serait qu’une fois. Avoir été cela:

de cette terre, voilà qui semble irrévocable.  »

Rilke, neuvième élégie (extrait).

Pour Aglaë aussi, c’était important d’avoir été là, de cette terre.

Et tout à l’heure on s’enchantera encore.

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retour au poulailler.

 

A nouveau dans ce fief adoré des Combrailles en compagnie de mes amis, de Gaïa, des chats et de nos poulettes. Toutes les photos sont de Joëlle Lourdelet et non libres de droit, cela va sans dire, si vous voulez en partager demandez-moi, j’en aviserai Joëlle. 

 

 

On a retrouvé les oeufs d’Agathe.

Depuis l’arrivée des petites dernières en avril, on pensait qu’elle était tellement contrariée qu’elle avait arrêté la ponte.

Mais non!

On a retrouvé les 7 derniers tout en haut de la botte de paille, belle hauteur tout de même.

Les autres oeufs?  Non, pas encore dénichés, je suppose qu’ils sont bien cachés dans un buisson inaccessible. On trouvera sans doute un jour, par hasard. Ce qui est étonnant c’est qu’elle encourage Doris et surtout Aglaë  (qui lui ressemble comme sa fille) au moment où elles pondent. Elle se pose près de l’une ou de l’autre et cotcotise autant qu’elles.

Sauf depuis que le sarrasin donne ses grains, c’est la folie douce à sautiller entre les tiges.

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Toutes les quatre, elles s’entendent, mais les deux anciennes et les deux jeunettes vont souvent de paires, mais parfois elles se retrouvent aux heures de sieste ou de bains de poussière aux mêmes endroits

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et tout particulièrement aux repas gourmands qu’elles viennent réclamer de concert jusque dans la cuisine si la porte est ouverte et elle l’est fréquemment avec les beaux jours, si jamais elle est fermée, elles vont jusqu’à la baie vitrée tapoter pour qu’on les serve. M’enfin! Ça vient!

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Toutes trois curieuses au moindre événement, elles émettent leur radio poulettes pour en faire profiter tout un chacun. Il suffit d’une livraison et hop! Sur la murette à  admirer la manoeuvre impeccable du gros camion. Et ce n’est pas fini! C’est quoi cet engin qu’ils sont trois à tourner autour? Ils sont drôles ces humains à visser des trucs, à dévisser et recommencer, à chercher où on pose ce morceau de plastique et ce morceau de ferraille, à monter  dessus la machine et OULALALA! Quel boucan! Mais le boucan ne les gêne que dans leurs conversations, au contraire des chats, elles persistent sur la murette.

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C’est la saison du nettoyage au jardin, comme d’habitude elles sont vives à courir vers moi, tout ce que je remue de terre je le remue en si petites bêtes que je ne les vois pas pendant qu’elles n’en ratent aucune. Le souci, c’est le repiquage des surgeons de fraises. Quelle aventure pour mon dos fourbu de piquer et repiquer! Car si ce n’est pas l’une c’est l’autre qui déplante tout aussi vite. Quant à Judith elle me picore la botte, soit pour une caresse soit pour « dégage ton pied de mon repas ».

Et puis il y a la pluie. Que le ciel semble méchant, heureusement elles se réfugient sur la terrasse et on papote météorologiquement.

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Finalement on s’entend bien, et les humains sont partageux, les mûres elles adorent tout autant que les tomates!

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des nouvelles du poulailler.

Journal illustré par Joëlle dont les photos ne sont pas libres de droit, qu’on se le dise. Et ce billet n’aurait aucune saveur sans les magnifiques clichés  de mon amie.

Certains connaissent déjà nos joyeuses poules.

La compagnie n’a plus que deux pipelettes, Agathe la rousse et Judith la grise. Agathe, pourtant très indépendante et dominante, se courbe devant l’impériale Judith, évidemment elle est plus grosse et son bec est intraitable.

En mai, nous sommes allés chercher deux jeunettes, baptisées Doris (une harco) et Aglaé une rouquine comme Agathe, pensant faire plaisir à cette dernière pour la distraire de son impératrice gloutonne.

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Mais c’était sans compter sur la hiérarchie qui s’était établie. Agathe très vite s’élance sur les petites, leur manifeste sa désapprobation, pendant que Judith les observe de loin, laissant Agathe son adjudant chef leur expliquer qui commande ici. Non mais!

Le premier soir n’est donc pas très amical. D’autant qu’il faut attraper les jeunettes pour les faire entrer dans le poulailler. Aglaé file dans le champ à broussailles, le champ d’orties et de ronces mêlées. Il faut bien une demi-heure pour saisir la rouquine fugueuse, s’accrocher aux épines et autres obstacles branchus, la courser et éprouver tout autant qu’elle sa peur et son désarroi.

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Elle tourne un grand moment derrière l’immense Douglas à troncs multiples.

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Joëlle finit par la saisir délicatement, lui caresse le cou et l’emmène où elle se devait de dormir. Nous ne sommes guère rassurées. Trouverons-nous au matin des plumes éparpillées?

Nenni. Je me suis levée tôt, bien inquiète. Les petites sont à picorer, les anciennes dorment encore. J’ouvre le passage réservé à leur sortie, elles me suivent par la porte. Tout à fait légères, décidées, guillerettes. Joli matin du mois de mai.

Comme les chats sont de féroces  chasseurs de souris, il arrive assez souvent de ramasser leur petit corps sans vie. Pourtant elles sont si mignonnes et si agiles! Il suffit d’oublier de refermer le tonneau à grains et plouf, bain de blé.

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Ce premier matin, c’est Doris qui en trouve une, et quelle bataille de pitance entre elle et Aglaé pour déguster ce met de choix. On ne sait qui en a le plus profité. Judith et Agathe regardent avec perplexité; ces innocentes ne connaissent pas encore les plats de pâtes, de riz, de semoule ou encore mieux: les restes des pâtés des chats.

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Les anciennes et les jeunettes, le premier jour s’ignorent hypocritement, un œil en surveillance tout de même. Mais les jeunettes apprennent très vite où nous plaçons les bacs à gourmandises. Les anciennes ont bien essayé, à coups de bec hargneux, de les éloigner. Oui, elles s’éloignent, un peu, puis reviennent dès que les autres s’en vont. Le deuxième jour, elles ne se laissent plus impressionner. Les anciennes ont beau les appeler, donner des ordres, nos ados, comme tous les ados, n’en font qu’à leur crête.

Finalement Agathe va faire le lien, quand Judith est au pondoir elle ne les quitte pas d’une patte.

Tout va bien maintenant, Gaïa les a intégrées à sa meute, Pippo les cherche encore un peu, il s’aplatit prêt à bondir et les course pour le plaisir de les effrayer. Elles sont si mignonnes à courir ailes déployées.

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Prunelle, la princesse chatte que personne n’ose contrarier, passa et repassa entre mes  jambes le premier soir pour des câlins: mais quelles étaient ces intruses? Encore des poules! Elle joue désormais les fausses indifférentes. Adorable chochotte.

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Argh! Doris a découvert le doudou de Prunelle pour y pondre son premier œuf. Elle cherchait déjà à se percher dimanche matin, elle visait les bords des fenêtres, elle a fait une tentative juste au-dessus de nos têtes blanches installées sur le banc. Hélas! les fenêtres sont hautes et elle a compris qu’elle ne volerait jamais comme ces geais des chênes qui hantent le jardin et picorent ses graines.

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Les escaliers du hangar sont plus faciles à grimper. Là-haut, le doudou de Prunelle fait l’affaire. Joëlle passant par là entend les cot-cot-i-cot d’une poule qui pond. Elle la trouve et l’emmène jusqu’au pondoir du poulailler. Doris se fait un tipi avec de la paille, un vrai chantier, avant d’offrir un œuf de 34 grammes.

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Elle est câline Doris. Elle se laisse attraper tranquillement et on la caresse sans qu’elle ne soit stressée, les matins, elle se met près de mes pieds, se couche à demi pour recevoir sa dose de papouilles.

Aglaé est plus craintive, elle suit Doris avec passion et fait tout comme elle. Depuis que Doris pond, Judith a cessé ses cot-cot-i-cot… Mais ce n’est peut-être que temporaire. Agathe ne pond plus depuis longtemps, un œuf de ci, de là, plutôt rare.

Les jeunettes entrent aussi dans la maison sous l’œil effaré de Judith qui jusqu’alors s’est contentée de frapper ou d’appeler. Quelles insolentes ces mal éduquées! Doris tente de s’élever jusqu’au plan de travail de la cuisine, mais difficile de voler si haut, elle ne connaît pas encore ses limites. Plus tard, saisissant l’occasion de visiter la maison, elle passe par la porte-fenêtre d’une des chambres. Il faut donc veiller à ce qu’elle admette que la maison est notre poulailler personnel. Elle tentera aussi la chatière, difficile d’accès, Judith en connaît déjà l’impossible passage. Mais elle est si curieuse et je pense qu’elle nous cherche parce qu’on fait partie des copines poules super puissantes qui ont toujours quelque chose à grignoter.

C’est un vrai bonheur de travailler dans le jardin en leur compagnie. Un bonheur et parfois un handicap: attention à la bêche, la sarclette, la serfouette, la grelinette… Elles sont en permanence dans nos bottes. Il y a du monde à goûter dans les mottes. Et si on ne va pas assez vite gare au bec de Judith, c’est qu’elle pince sans ménagement la chipie, impératricement.

Aux dernières nouvelles, Aglaé apprécie de plus en plus d’être câlinée dans les bras, du coup Judith en redemande aussi, seule Agathe se la joue « indépendent hen », pourtant elle est tout aussi attachante avec ses sauts légers et ses papotages.

Je suis loin d’elles en ce moment, leur joie de vivre me manquent absolument.

feuilleton poules (suite 3)

En Auvergne m’attendent toujours de nombreuses occupations : jardin, balade avec chiens, caresses avec chats, papotages avec poules, visites d’amis.

J’ai nettoyé les allées, coupé le nombre impressionnant de genêts, petits sapins et muriers (si, si, bien sûr, j’ai laissé des mures). Un passage avait été ouvert dans le grillage du poulailler afin que les chats puissent aller s’y promener (je signale que Coco-Land fait au moins mille mètres carré pour trois poules et l’après-midi on ouvre grand la porte pour qu’elles se baladent partout).

Agathe pond très tôt, comme pour se débarrasser de la corvée, Chloé pond bien plus tard, et comme Judith couve depuis plus d’un mois, Agathe la rouquine se retrouve seule un long moment, et elle a horreur de cette solitude.

Ce matin-là, travaillant la bordure près de Coco-Land, Agathe a trouvé le passage-chatière avec une facilité qui m’a épatée et m’a rejointe en papotant. On s’est évidemment tenu respectivement compagnie les trois matins de débroussaillage. Depuis elle ne quitte pas mes talons dès que je travaille quelque part sur cet immense terrain, et dès que Chloé a fini sa ponte, elle nous arrive tout en courant, ailes déployées et caquetant des « et moi et moi et moi».

Tout à l’heure Agathe était seule et cherchait compagnie. Nous lui avons apporté des restes de potiron qu’elle n’a pas appréciés. Miss Chloé appelait de Coco-Land, Agathe répondait : « suis là, viens voir ». Et de papoter des « c’est quoi ce truc infâme ? » Chloé, tout comme Agathe, a rouspété devant ce truc inconnu. On peut imaginer leur dialogue, elles ont insisté longtemps devant l’assiette, picorant, puis recrachant. Se concertant elles sont parties dans le potager, où sauterelles, moucherons et autres divines succulences tentaient de se cacher.

Et pendant ce temps, Judith couve.

Elle couvait sans œuf, ou piquait celui de Chloé qui, bonne fille, pondait à côté d’elle.

On a bien essayé de la sortir, de l’obliger à sortir, fermant le poulailler. Elle allait donc avec les autres, sans grande conviction, mais si la fenêtre n’était pas tout à fait bloquée de l’intérieur elle savait la pousser pour se réinstaller sur sa paille infertile.

Nos plus proches voisins sont à cinq cents mètres. Ils ont des poules et un coq. Mais leurs poules ne couvent jamais même si leur coq est un vaillant petit soldat de la reproduction. Comme Judith couve sans œuf et qu’eux ont des œufs fécondés non couvés, ils nous en ont donné quatre, espérant que… peut-être que… sans doute que… blablabla.

On a mis les quatre œufs dans un carton propre, on a fait entrer Judith, elle les a regardés avec émerveillement et aussitôt s’est couchée dessus.
Mais mystère ! Sur les quatre, trois ont disparu. Sans doute pendant une de ses courtes absences pour le ravitaillement.
Cassés ? Dévorés ? Par qui ? Judith était trop heureuse pour les détruire elle-même, car lorsqu’elle les a découverts, il aurait fallu prendre une photo de cet étonnement joyeux et de sa rapidité à se poser sur ce trésor.

Elle soigne ce petit dernier avec un dévouement sans pareil. Tous les matins, elle se gonfle d’appréhension si je m’approche d’elle, comme je le faisais avant pour la sortir. Je la caresse, l’encourage ; muette elle écoute ou n’écoute pas mon papotage, elle attend que je finisse de nettoyer, de mettre les graines, changer l’eau. Sa seule passion est tout dessous, elle veille et attend.

Et pendant ce temps-là, Gaïa soupire devant la porte. C’est quand qu’on joue ?

 

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Judith, la limousine.

feuilleton poules, suite.

 

Aïe!

Depuis cinq jours, elle couve.

Pas de coq pourtant, sinon celui qu’on entend au loin, parfois.

Il paraît que c’est normal.

Les spécialistes (enfin ceux qui ont des poules ou qui en ont eues) me disent qu’il faut l’isoler, sur du béton, avec de l’eau et de la nourriture.

Au début, je la laissais dans un carton avec la paille, seule dans un autre endroit. Sans œuf, évidemment, elle avait adopté celui de Chloé, j’ai su le retirer. Et le soir, je la rendais au poulailler.

Mais voilà, elle continuait son bonhomme de couvade.

Alors, j’ai essayé.

Le béton, je veux dire, seule dans le garage.

J’allais la voir, lui parler, elle ne faisait que gonfler son plumage et grogner.

Plus de caquetage, plus de rigolade. je voyais bien qu’elle buvait peu, qu’elle mangeait à peine, toute ratatinée dans ses plumes. Une nuit, un jour, une nuit.

Non, ce n’était plus possible. Michel est allée la chercher et l’a posée sur le lit de sa maman grabataire.

Oh! ma Judith, toute ragaillardie, toute confortable sur le moelleux du couchage, toute bavarde et curieuse soudain. En compagnie. Fini le cou raccourci, la crête molle, le corps affaissé. On reprend du « plume » de la bête. On caquette, on s’enhardit, Ginette en est presque effrayée quand elle approche son  bec de sa bouche.

Et un beau cadeau fécal, heureusement, on avait protégé le drap.

Et puis l’envol sur l’oreiller, les cheveux qu’on picore. Il est temps de la mettre dehors.

Là, c’est un bonheur. Elle se promène entre les chiennes, les chats, me tourne autour, puis reconnaît le talus, se précipite ailes déployées dans le potager et parmi les poireaux fraîchement plantés se fait un magnifique bain de poussière.

Plus tard, elle retrouve le chemin du poulailler, il ne faut pas qu’elle aille couver, je vais fermer la porte. Elle retrouve les copines, grignotent avec elles, causent avec elles.

Mais les copines, lorsque je reviens voir ce petit monde de haute cour (leur bâtiment est en haut du terrain), Agathe et Chloé près de la petite porte d’entrée de leur poulailler me rouspètent après: comment ça c’est fermé! Et glaglati et glaglata dit Agathe, et croutitou croutita dit Chloé.

Judith, elle ne dit rien. Heureusement, elles se consolent avec les pâtes, oui, encore, encore! Même Judith se remet à manger. Je suis soulagée. Je pense que cette nuit, elle pourra rester avec les copines.

Hélas!

Comme j’avais ouvert la petite porte, j’ai retrouvé Judith qui couvait.
Demain, il faudra que je la mette hors du poulailler…

Il paraît que ça dure trois semaines… bon, une de passée, les suivantes, Joëlle et Michel géreront, je m’en retourne m’occuper de mon père, relayer ma sister.

 

 

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Feuilleton poules.

Elles sont arrivées quatre.

L’une d’elle nous a quittés au bout de trois semaines, on ne saura jamais tout à fait pour quelle raison. Grande tristesse de voir Suzie souffrir et de la retrouver froide le matin dans un coin du poulailler.

Les trois autres ont sans doute oublié la disparation de Suzie, mais peut-être pas. Suzie fut la première à venir vers moi quémander une caresse.

Il y a Agathe, la rousse, celle qui pond chaque matin de bonne heure.
Son œuf a une coquille brune, presque toujours à la même place.
Mais ce n’est pas pour compter les œufs que j’écris sur elles. J’écris parce qu’elles sont un ravissement quotidien.

Judith, la limousine semble mener les autres… euh ! Surtout Chloé, la coucou, parce qu’Agathe est souvent à faire sa petite vie de son côté, plus solitaire, plus téméraire et très bavarde.

Ciel ! Comme elle bavarde !
Judith et Chloé ne sont pas en reste, évidemment, mais Agathe papote si abondamment qu’on se fait la conversation ensemble quand je m’assois près d’elles. Elle s’approche au plus près et si Prunelle, la chatte, surveillante générale du poulailler, n’intervenait pas à mes jambes, dressée sur ses deux pattes arrière tout comme un suricate pour que je la privilégie en caresses et intérêt, on pourrait presque avoir une conversation plus intime. Non ! Mais ! Une poule ne va pas lui voler la vedette.

Vers 17 heures, les voilà qui sortent de leur parc et viennent nous retrouver dans l’immense potager.
Je surveille de près mes buttes qu’elles adorent. Elles en retirent la paille et picorent tant et plus. Je les renvoie plus loin, mais le dos tourné, elles reviennent tenter leur chance… Qui sait ? Non, je les guette : « allez plus loin, là-bas où rien n’est semé ». Elles ne sont guère convaincues, alors Joëlle prépare un peu de semoule et elles s’en vont derrière elle, un peu intimidées par Pippo, le chat-panthère des neiges, qui ne les apprécie qu’à moitié, car il se souvient sans doute qu’elles lui ont fait peur le premier jour. Vengeance, donc il s’aplatit prêt à jaillir sur leurs plumes.
Heureusement le plat de semoule est irrésistible.

Il s’en passe des choses dans la pelouse près de la maison. Elles sont venues nous retrouver ce soir, on était tous assis au soleil à admirer le jardin qui se construit peu à peu. Les chats, les chiens, tout le monde semblait content. Elles picorent de ci, de là, un autre espace en découverte. C’était compter sans Pippo qui déteste Hélios, son souffre-douleur de chat. Hélios, couché à mes pieds, n’a pas entendu arriver la panthère, tout comme moi, par derrière le lâche, sur le dos d’Hélios. La surprise m’a fait bondir, rageuse j’ai saisi un des bâtons de Gaïa, ma chienne, pour chasser ce satané agresseur. Je l’ai visé (à côté évidemment, je n’aurais jamais pu faire autrement) en hurlant sur lui. Mesdames poules, très intéressées, côte à côte sur le talus, regardaient la scène avec un étonnement ravi. On aurait dit les commères d’un village tout heureuses de l’animation gratuite. Il faut les imaginer, cou dressé, observant tout ce mouvement, les têtes à l’unisson suivaient passionnément les débats houleux.

Il a fallu les reconduire dans leur parc, j’ai pris le bac à semoule et tape-tape, elles me suivent. Elles me suivent si vite et si bien qu’elles arrivent avant moi à leur gamelle. Je les laisse picorer et ferme le portail. Mais elles ne l’entendaient pas ainsi. A peine suis-je partie que je les vois toutes trois derrière la grille à criailler. Mince ! Elles se sont fait avoir ! C’est pas du jeu. Alors penaude, je suis allée chercher des pâtes (elles adorent) pour me faire pardonner.
Elles m’attendaient le garrot ferme, mais quand elles m’ont vue portant d’autres friandises, ce fut un caquetage de joie.

 

 

 

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Pippo (la panthère) en position de veille intense, et à l’arrière Prunelle, la surveillante générale.